La chorale les Amis de la Chanson est heureuse de vous
accueillir sur son site
 
Répétition chaque mercredi (en période scolaire) à 20h30 à l'ENM de Saint-Nazaire
Fernand Guériff
Fernand Guériff
A écouter :
Complainte bretonne de Fontanella
Texte extrait du roman "Jean des merveilles" de Per Jakez-Helias - Musique F. Guériff
Au pied du moulin
Ronde Briéronne - Harmonisation F. Guériff
Enregistré en 1994 par l' Ensemble Vocal Pays Blanc Pays Noir
Extrait du 1er mvt de la suite d'orchestre - Enregistré en 1992
en l'église ND de l'Espérance par l' Orchestre Symphonique de St Nazaire



.1 - Naissance du musicien 

Jean Gauffriau : Comment devient-on musicien ?
Des inégalités notoires dans le comportement des enfants devant les phénomènes sonores peuvent être aisément constatées. Les causes de ces différences d’affinités et disparités d’aptitudes peuvent être attribuées à des conditions culturelles, éducatives, familiales, physiologiques ou génétiques. Il est évident que certaines situations favorisent grandement une possibilité d’épanouissement du jeune enfant pour la musique.


"Bercé" par les chants de marins
Fernand Guériff s’est expliqué lui-même sur l’importance de son environnement familial dans ce domaine : "Je suis né à Saint-Nazaire le 9 avril 1914 et je descends d’une famille de marins: mes grands pères paternels et maternels voyagèrent au long cours, mon bisaïeul était pilote et mon père servit toute sa vie la Compagnie Transatlantique et les Chantiers de Penhoët".  Il note également: "La profession de marin utilisait la chanson dans presque tous ses actes. A l’appareillage, à la manœuvre, au repos, le long courrier chantait, chantait toujours... ", "Ma mère chantait avec goût, elle a bercé mon enfance de chansons populaires qu’elle tenait de mes grands et arrières grands parents".

Zoltan Kodaly n’est il pas parti des chants populaires hongrois pour élaborer sa méthode d’éducation musicale fondée sur la voix humaine ? Il pensait en effet que cette pratique est un début, une étape vers la connaissance de la littérature musicale. Les chansons populaires sont, certes, de petites dimensions mais elles permettent une connaissance active des modes, des formes, des rythmes et de la métrique, matériaux de base de toute musique dite "savante".


Un Harmoniste
Très vite, le besoin d’une pratique instrumentale se fait sentir.
Dès 1921-1922, Fernand étudie le violon avec Alfred Marcel qui l’initia, mais plus tard, à la pratique de l’orchestre. Il se rend très vite compte de la nécessité d’aborder l’étude du clavier qui permet d’appréhender toute musique dans sa globalité mélodique et harmonique. Dès l’âge de 14-15 ans, il se met au piano, seul, en autodidacte, et déchiffre avec ardeur de nombreuses partitions du répertoire lyrique. C’est toujours seul qu’il affronte les arcanes de l’incontournable "Traité d’Harmonie" indispensable à tout apprenti compositeur
Par l’intermédiaire d’une amie de sa famille, il fait parvenir des essais de composition à l’organiste Marcel Dupré qui, d’emblée, décèle en lui "l’harmoniste né" et lui propose d’entrer dans sa classe d’écriture de la Schola Cantorum de Paris. Mais, Fernand est déjà élève de l’Ecole Normale des Instituteurs de Savenay, où il a été admis en 1930. Il ne peut malheureusement être question de lâcher la sécurité qu’offre la fonction publique pour des études musicales trop coûteuses débouchant sur un avenir professionnel des plus aléatoires.

De ses études à l’Ecole Normale de Savenay, il garde peu de souvenirs marquants
si ce n’est l'appréciation du directeur : " Fait beaucoup trop de musique".


.2 - Il se lance très jeune dans la quête de chants populaires traditionnels

Bien sûr, il fait ce qu’il faut pour obtenir le Brevet Supérieur, mais sans plus. Par contre, il affermit sans relâche sa pratique du piano et de l’écriture musicale, tout en poursuivant sa collecte de chants populaires entreprise dès 1928 avec l’ami d’enfance Gaston Le Floch, son condisciple à l’Ecole Primaire Supérieure de Saint-Nazaire. Les deux jeunes gens avaient commencé par recueillir des chants auprès de leurs grands-parents respectifs avant de poursuivre leur quête auprès de vieux chanteurs comme Jean-Marie Audrain de Saint-Joachim, Madame Jacobert de Prézégat ou Raymond Aoustin de Crossac. Cette collecte permanente de chants populaires de Brière et du Pays de Guérande qui s’est échelonnée sur plus de trente ans, nous amène à nous pencher sur les travaux musicologiques de F. Guériff.

Fernand Guériff

Il a abordé cette activité sous deux aspects. La musicologie proprement dite étudie les musiques écrites, l’évolution du langage, des formes musicales et les influences exercées par les différents compositeurs les uns sur les autres. Il est l’auteur en ce domaine d’une importante Histoire de l’Opéra comique et de l’Opérette française restée malheureusement à l’état de manuscrit inédit à ce jour.

L’éthnomusicologie se définit comme l’étude de toute musique de tradition orale, des fonctions qu’elle remplit dans la société, des valeurs magiques ou religieuses qui s’y attachent, ainsi que des rituels où elle est insérée.
Les résultats de cette quête sont publiés sous forme d’articles dans :
Les bulletins des Amis de Guérande et de la Société Française de Mythologie
ou de recueils: Chansons romances et poèmes de la marine à voile (Edition des Paludiers, 1971).
Chansons de Brière (Edition du Parc Régional, 1974).
Trésor des chants populaires folkloriques du Pays de Guérande (5 v. imprimés chez J.M. Pierre, Le Pouliguen, 1983).

Les "Cahiers de La Baule", N° 69, de 1994 - Revue de la Société littéraire et Artistique de La Baule.

(Voici l') "Avertissement" (paru sur l'un de ses cahiers ...)

Ce cahier contient 23 chansons et 15 airs de danses.
Il est le résultat de quelques prospections dans diverses communes du département.
Au cours de la dernière guerre, j’étais réfugié au Cellier et j’ai eu l’occasion de parcourir de vieux cahiers de chansons manuscrits, en particulier celui de Pierre Blandeau qui datait de 1896.
Il contenait d’intéressantes leçons, aujourd’hui oubliées puisque, Pierre Blandeau étant décédé depuis longtemps, personne ne put me les chanter dans l’entourage.
Un vieillard d’un autre village, le père Francis Savary savait encore beaucoup de chansons qu’il chantait avec charme et justesse. Ce fut pour moi un plaisir d’en recueillir la musique.
Enfin, le cantonnier du coin, Geneteau, qui tous les dimanches, faisait danser la jeunesse au son de son accordéon, voulut bien me dérouler son vieux répertoire «  à gavotter » comme il disait.
Les chansons de Quilly m’ont été communiquées (sans musique) par M. Trémant, directeur d’école. Celles de Puceul m’ont été communiquées par mon ami G. Le Floch qui les tenait de sa cousine Melle Jacobert.
Quant au cultivateur de la Regrippière, il chantait son Epithalame d’une voix si horriblement fausse qu’il m’a été impossible de noter quelque chose de propre.
J’ai cru bon toutefois de donner tous les textes veufs de leur air.
Ils pourront servir plus tard, à la science folklorique, à des fins comparatives.

La Baule, le 8 août 1952 Fernand Guériff

"Tous les fervents de nos terroirs et de leur vie séculaire ont lu et liront sous sa signature :
Fernand Guériff 
Source : Mme Guériff


- Terroir du pays de Guérande (en collaboration avec Gaston le Floch)
- Brière de brume et de rève
- De poudre de gloire et de misère (Grand prix de la mer)
- La collégiale St Aubin de Guérande
- La bataille de Savenay.
- On lui doit une histoire de St Nazaire en 2 tomes (1963)
- Le vieux Saint Nazaire (1987),
outre de nombreux articles de l'écho de la Presqu'île guérandaise.

Ses travaux sont d'un érudit très sûr. Tout en restant à l'intérieur d'une même délimitation géographique, ils éclairent des questions extrêment diversifiées. Ses trésors de la chanson populaire ont le mérite et apportent l'agrément de réunir des chansons guérandaises, pouvant dater du milieu du XIXème siècle, époque ou le folklore fut particulièrement florissant."

Pierre de la Condamine - (Terres et lettres bretonnes)


 

Chansons de métiers par F. Guériff
(extrait d'une petite série de 5 ou 6 textes qui sont parus chaque semaine dans la "Presqu'île Guérandaise", fin mai 1957)

Le chant transfigure le travail. Mais hélas, il n'y a plus de chant de métier, parce que le métier disparaît à son tour dans un monde qui tend à supprimer la personnalité de l'ouvrier. A vrai dire la chanson de métier est très rare, certains folkloristes vont jusqu'à nier son existence.
.

On peut pourtant distinguer en gros :
I. Les chants qui glorifient le travail des anciennes corporations.
II. Les chants qui accompagnent, aident ou rythment le travail
III. La catégorie spéciale des chansons de compagnonnage
Dans notre pays de Guérande, nous aurons à rechercher :
- 1) Les chants de plein air (araudages, cantilènes de bergers …)
- 2) Sifflement des sauniers.
-3) Chants des anciens potiers.
- 4) Chants particuliers à la marine (à voile).
- 5) Chants des tailleurs et tisserands.
- 6) "Cris" de marchand ou d'artisans itinérants .

- Chants de plein air :
Emile Souvestre (les derniers  paysans) assure que l’on chantait aux bœufs dans la région, vers 1830 :
« . . . Cependant, nous avions atteint une campagne soigneusement cultivée (entre Saint-Nazaire et le Croisic) et dont on commençait à enlever les moissons. On entendait de tous cotés des chants dont je ne remarquai d’abord que la mélodie  traînante : en m’approchant, je m’aperçus que les paroles en étaient improvisées et adressées à l’attelage  qui semblait comprendre . . .
Je ralentis la marche de ma monture pour écouter un jeune paysan dont le chariot chargé de gerbes côtoyait la route que nous suivions. Il répétait dans un mode plaintif et sur le ton élevé ordinaire aux chanteurs de campagne un de ces ranz champêtres dont les paroles,
immédiatement recueillies, me sont souvent revenues à la mémoire : Hé, mon rougeaud, Mon noiraud,
Allons ferme à l’ housteau ! Vous aurez du r’nouveau.
L’bon dieu aim’ les chrétiens. Le blé a grainé bien
Mes mignons, c’est vot’ gain. Les gens auront du pain,
Nos femmes vont bien chanter, Et les enfants s’ront gais.
Hé, mon rougeaud…. etc…

le guide ajouta : « Voilà un vrai boeuier qui sait bien arauder sa couplée.
Cette chanson là, ça vaut tous les aiguillons du monde, quand on veut faire marcher les dormeurs. » [1]

Nous avons éprouvé quelques doutes sur l’authenticité de ce chant. L’emploi du mot « ousteau »  ou « housteau » (refuge, étable, même famille que «  hostellerie « ) surtout nous parait anormal . Du moins, ce mot ne figure pas dans le patois local. Les nombreux paysans que nous avons interrogés n’ont aucun souvenir de « chanson aux bœufs ». Bien plus, les anciennes collections : de Guéraud, Gustave Clétier, Soreau, Loyer… n’en contiennent pas une. Nous citons donc les passages de Souvestre sous toute réserve; nous ne sommes pas bien sûr, compte tenu de l’exagération romantique, que Souvestre n’ait pas fabriqué de toutes pièces, pour les besoins de la cause, sa chanson du boeuier. Il a pu s’inspirer d’un texte plus ancien d’Ed. Richer (voyage pittoresque en L I. –1823) et l’illustrer à sa façon.

Richer  prétend lui aussi avoir entendu des araudages :
« Rien de plus gai que de voir le laboureur de ce pays se rendre à son travail. Les travaux de la campagne, qui se font en silence dans la plupart des communes voisines de Nantes [2] s’exécutent ici en chantant. Le joyeux cultivateur, en traçant son sillon, entonne une chanson rustique dont le refrain se compose toujours de quelques paroles adressées aux animaux qu’il conduit. Dans certains temps de l’année, ces concerts champêtres se répondent  de tous côtés. » (p.59). Nous n’avons retrouvé aucun chant de ce genre.

(1) Un traité de jurisprudence du XIIIe siècle déclare de même « que le conducteur des bœufs n’est pas bon s’il ne sait pas chanter ».
(2) Cette assertion nous parait inexacte : ont chantait aux bœufs dans la région de Clisson et autour de Nantes.


- Sifflement de Sauniers :
Souvestre parle encore des sauniers de la Presqu’île qui « sifflaient leurs mules » : « Tantôt c’était un air champêtre embelli de mille cadences, tantôt un fragment d’hymne d’église aux notes pleines et monotones, plus souvent des modulations improvisées dont le rythme et le ton semblent s’harmoniser avec les rumeurs de la route. Ici, elles imitaient le gazouillement des oiseaux, là devenaient susurrantes avec le bruit des sources, plus loin, confuses et prolongées comme le murmure du vent dans les branches. » (à suivre).


- Chants des anciens potiers :
On comptait un millier d’ouvrier dans les environs d’Herbignac en 1830 (3). Aujourd’hui, les fours sont démolis, rien ne subsiste plus de cette industrie locale jadis prospère. Oubliés aussi, les chants des potiers ! Et, cependant, Henri Quilgars avait dû en recueillir quelques uns puisqu’il en cite trois lignes dans « Guérande, terre bretonne » :
"Terre douce comme la miche, Pour savoir bien travailler, C’est d’amour qu’il faut aimer."
(chanson locale de potier).


- Chants particuliers à la marine (à voile) :
Le folksong maritime est assez riche, sans être toujours typiquement local. Ces chansons à virer ou à hisser ont été importées dans la région nazairienne, lors de la création du port, par les derniers représentants de la marine à voiles, vers 1855-60. Quelques-unes comme « Nous étions 3 matelots du Roy », recueillies au Croisic, variante des fameux « Marins de Groix », proviennent des pêcheurs de notre côte avec leurs autres camarades bretons.
Les ouvriers des premiers chantiers de constructions navales de Penhoët, se servaient ils – il y a à peine 80 ans encore -- de ces chansons rythmées pour «accorer » les navires en cale sèche. Un « frappeur » armé de sa masse, se tenait à califourchon sur chaque « accord » (poutre qui s’appuyait au quai et au flanc du navire pour maintenir ce dernier vertical). Sur la dunette, un chanteur dit « Chef d’accorage » chantait à voix de stentor et les frappeurs enfonçaient leur coin en cadence ...

- Les vanniers n’ont pas de chants spéciaux. Une chanson très répandue à Mayun est celle des « anneaux de Clergenton » que nous avons déjà publiée dans cette rubrique.

Fernand Guériff
(3) Ch. Hues (solistique de l’an XI), Girault de St Fargau (Dictionnaire des communes de la L I article, Herbignac) , G. Blanchard (bull. de la Sté. arch. de Nantes, 1893) ; Léon Maître (La Corporation des potiers d’Herbignac - Bull. Sté. Arch. De Nantes, 1879) ; Creston (Potiers de la Brière - la Bretagne à Paris, article du 13 juin 1936).

.3 - Le compositeur

Musicalement, Fernand Guériff se situait, résolument, dans un arbre généalogique français, dans la filiation de Gounod, Bizet, Chabrier, maîtres qui s’illustrèrent dans le théâtre lyrique qu’il affectionnait tant. En effet, il s’est toujours senti à l’aise dans le cadre de la syntaxe du XIXe siècle et n’a jamais ressenti le besoin de s’en évader pour explorer des voies nouvelles. Ayant su trouver l’adéquation entre l’outil choisi et son expression personnelle, il la maniait avec habileté et élégance, n’ignorant rien des multiples raffinements subtils qu’elle permet. Il est un aspect de ce style français fin XIXe siècle auquel Fernand Guériff était particulièrement attaché.


Le système tonal classique qui n’utilisait exclusivement jusque là que deux gammes (majeure et mineure), s’enrichit par l’insinuation progressive de la modalité dans la musique. Elle acquiert ainsi une saveur toute nouvelle. C’est en effet à partir de 1880 que les travaux musicologiques de Bourgault-Ducoudray conduisent à l’élaboration d’un système harmonique issu de l’emploi des modes anciens (modes médiévaux issus de modes grecs) tombés en désuétude depuis le XVIIe siècle, mais familier à tout musicien ayant travaillé sur le folklore.

Voilà qui explique cette sensibilité particulière de Fernand Guériff au charme des "harmonies grégoriennes" qui par leur ambiguïté avaient bouleversé l’écriture académique et dont on trouve maints exemples chez Moussorgski, Debussy, Fauré ou Ravel. Il appréciait tant leur caractère intime, réservé et serein qu’il avait tout naturellement intégré cet élément stylistique à son expression personnelle, hors de toute préoccupation folkloriste.

Partition manuscrite de Fernand Guériff
Source :  Mme Guériff

Sans prétendre dresser un catalogue complet, voici un aperçu succinct des genres qu’il a abordés:
.
  • Mélodies pour chant et piano sur des poèmes de René-Guy Cadou, Victor Hugo, Max Jacob, Verlaine, Prévert, Anne Péron.
  • Chœurs religieux pour quatre voix mixtes et orgue.
  • Chansons sur des paroles d’André Dupac
  • Cantate d’après des Noëls du Pays de Guérande
  • Musiques de scène:
    - Aucassin et Nicolette
    - Bethléem ou le Café de l’avenir (R.G. Cadou)
    - La paix (Aristophane) Jean des Merveilles (J. Hélias)
Partition manuscrite de Fernand Guériff
Source :  Mme Guériff
  • Pièces pour Orchestre:
    - Faust - Ouverture miniature pour théâtre de marionnettes
    - Au clair de la lune (trois parodies, à la manière de Beethoven, d’Honegger et de Mozart)
    - Le château d’Attinghauen (Prélude pour le Guillaume Tell de Schiller)
    .
  • Suites d’orchestre :
    - Les marionnette de Monseigneur le Dauphin
    - Suite sur des thèmes de Campra
    - Suite pastiche
    - A la mémoire de Gaston Le Floch
    - Images musicales pour Shakespeare

Partition manuscrite de Fernand Guériff
Source :  Mme Guériff
La compagnie Xavier de Courville a mis en scène dans les années 1970 une série de chansons de marins, de chansons populaires et de vieux noëls guérandais ainsi que plusieurs compositions de Fernand Guériff:

Couverture déssinée par Fernand Guériff

Enfin, il convient de noter que la totalité du répertoire du "groupe vocal Pays blanc, Pays Noir", soit plus de 200 chansons, est l’œuvre de Fernand Guériff qui est lui même à l’origine de la création du groupe.
A partir de matériaux bruts recueillis dans la presqu’île guérandaise (Pays blanc du sel) ou en Brière (Pays noir de la tourbe) il a fait une œuvre originale en les harmonisant à quatre voix mixtes, avec ou sans accompagnement, en une véritable création d’une subtilité et d’un raffinement extrêmes. A mon avis son chef d’œuvre nous dit Jean Gauffriau.
Pays blanc - Pays Noir


Fernand Guériff aidera également la chorale nazairienne des "Amis de la Chanson" par l’harmonisation de nombreux chants principalement à la naissance de l’association en 1974, et dans un répertoire consacré aux opérettes en 1986.
Le premier chant harmonisé par FG pour le premier concert des Amis de la Chanson est : "Au pied du moulin", suivi de beaucoup d’autres.
Les Amis de la Chanson

Avec l’Orchestre Symphonique de Saint-Nazaire sous la direction de Jehö Rehak et le ténor Christophe Lepaludier, les "Amis de la Chanson" lui rendront hommage le 12 novembre 1995 à l’occasion d’un concert exceptionnel salle Gérard Philipe, pour le premier anniversaire de sa disparition le 29 janvier 1994, avec la création de l’une de ses œuvres "Aperit et nemo claudit" qui est la devise de la ville de Saint-Nazaire: "elle ouvre et personne ne ferme".
L'orchestre Symphonique
Les "Cahiers de La Baule", N° 69, de 1994 - Revue de la Société littéraire et Artistique de La Baule..

Source : Pays Blanc pays Noir
Source : Pays Blanc pays Noir
Source : Pays Blanc pays Noir
Décembre 1980
 
Mai 1981
 
Février 1985

. 4 - Fernand Guériff : Pédagogue et fondateur de l’Ecole de Musique
L’Eveil des élèves à la musique et aux pratiques collectives:
Dans l’œuvre de Fernand Guériff, l’action du pédagogue n’a certes pas la moindre part. Il serait vain de dénombrer les élèves qu’il a éveillés à la Musique en quarante ans de carrière, que ce soit à l’Ecole primaire, au Collège Jean Macé ou à l’Ecole Municipale de Musique de Saint-Nazaire. Dès la rentrée de 1933, il est nommé à Montoir avant d’obtenir un poste à Saint-Nazaire.

Bien sûr l’étude de l’histoire locale et la pratique du chant étaient à l’honneur dans sa classe.
Les programmes des fêtes scolaires de cette époque font état d’opérettes miniatures de sa composition (sur des chansons populaires) pour ses jeunes élèves qui devenaient comédiens chanteurs pour la circonstance.

Durant la guerre, il accompagne sa classe de Saint-Nazaire repliée au Château de la Forêt, près du Cellier, où il fait la connaissance de René-Guy Cadou, instituteur comme lui. Les conditions particulières de la vie en internat, permettent des activités enrichissantes pour ces enfants défavorisés: théâtre, poésie, chant mais aussi pratique instrumentale grâce au modeste pipeau si riche de possibilités pédagogiques.

Fernand Guériff avec ses élèves
Source : Mme Guériff
Fernand Guériff accompagant ses élèves
Parc du Château près du Cellier (44) -
Source : Mme Guériff.

A la fin de la guerre, il est nommé surveillant général au Collège Technique de Saint-Nazaire. Il sympathise immédiatement avec le professeur de Lettres, André Dupac, doué d’une belle voix de basse. Plusieurs de ses textes deviennent bientôt des chansons et bientôt ils montent ensemble avec les élèves des extraits de La Paix d’Aristophane et Les Perses d’Echille dont Fernand Guériff écrit la musique de scène.

La création de l’Ecole Municipale de Musique de Saint-Nazaire qui deviendra Ecole Nationale
L'Ecole Nationale de Musique

En 1952 et 1969, l’Education Nationale lui confie d’abord un poste d’enseignant chargé de l’éducation musicale dans les écoles primaires de la ville de Saint-Nazaire, puis le nomme professeur de Lettres et d’éducation musicale au Collège d’Enseignement Général Jean Macé. S’adaptant sans peine à de nouvelles conditions de travail, il y exerce ses talents de pédagogue auprès des jeunes enfants ou adolescents. Parallèlement il avait constitué en 1953, l’Union Philharmonique Nazairienne fondée par son maître Alfred Marcel en 1930 et dont l’orchestre symphonique qui a été dirigé par Jenö Rehak fut l’héritier direct.

© Cliché service Ressources Documentaires de la Ville de Saint-Nazaire.
© Cliché service Ressources Documentaires de la Ville de Saint-Nazaire.
© Cliché service Ressources Documentaires de la Ville de Saint-Nazaire.
© Cliché service Ressources Documentaires
de la Ville de Saint-Nazaire.

Mais le couronnement de l’œuvre de Fernand Guériff est sans nul doute la fondation de l’Ecole de Musique de Saint-Nazaire. Il lui a fallu pour cela venir à bout de bien des réticences. La municipalité de l’époque envisageait le problème surtout sous l’angle des défilés et cérémonies commémoratives alors qu’il s’agissait d’offrir au plus grand nombre, sans désir de sélection, une possibilité d’accès à la musique vocale ou instrumentale par la mise en œuvre de structures d’apprentissages pratiques et théoriques. Après bien des tergiversations, la rentrée de 1953 voit l’ouverture de deux classes: solfège et hautbois. Progressivement, piano, flûte, clarinette, cuivres, violon et violoncelle viendront se joindre au noyau initial.

J’aimerais insister quelque peu sur l’esprit que Fernand Guériff avait su insuffler à cette Ecole. Bien sûr les grands classiques du passé avaient une place de choix dans les études proposées aux élèves, je pense dit-il à deux musiciens de prédilection: Haydn et Schubert.

Fernand Guériff était de ceux qui considèrent qu’il n’y a pas de petite ou grande musique, mais seulement au-delà des genres, la bonne et la mauvaise. Je me bornerai à évoquer le souvenir de quelques auditions-concerts du début des années soixante sur des thèmes que certains auraient pu juger mineurs mais qui montrent l’éclectisme de ses options esthétiques.

Je suis sûr que bien des adultes se souviennent aujourd’hui avoir dans leur jeunesse fait de la bonne musique en chantant avec joie et enthousiasme l’opérette (Charles Lecoq, André Messager, Maurice Yvain), la comédie musicale américaine (Jérôme Kern, Richard Rodgers ou Vincent Youmans) ou la chanson française avec Mireille ou Jean Nohain, Paul Misraki, Charles Trénet, Léo Ferré, Boris Vian, Charles Aznavour, Gilbert Bécaud, Henri Salvador ou Georges Brassens.

Autre originalité de l’Ecole: la place de choix réservée aux possibilités de pratique de la musique d’ensemble. L’orchestre et la chorale se produisent régulièrement avec succès dans la vieille salle Jean Macé où bien peu de conservatoires de l’enseignement officiel peuvent présenter de telles réalisations.


Chaque année, le public attend avec impatience la grande soirée offerte par les ensembles de l'Ecole de Musique.
Ces concerts se déroulent à la salle Jean Macé jusqu'en 1965, puis à partir de 1966 au Théâtre Trianon (aujourd'hui le cinéma les Korrigans).
L
es thèmes changent d'une saison à l'autre : musique française du XXème siècle, quelques aspects de la musique russe, échos du nouveau monde, de la mazurka au fox-trot, aux rythmes sud américains, etc.
Les arrangements et les orchestrations sont faits par Jean Gauffriau et Fernand Guériff qui ont su transmettre leur passion à des centaines voire, des milliers de jeunes.

Photo : "Mémoire en images" Saint-Nazaire - Patrick Pauvert.
Photo et texte extraits de "Mémoire en images" Saint-Nazaire,
Tome IV - Patrick Pauvert - éditions Alain Sutton - octobre 2004. 


Photo: Musica saint Nazaire

Inauguration de la salle d’orchestre Fernand Guériff
à l’Ecole Nationale de Musique Boris Vian à Saint-Nazaire

Joël Batteux, Maire de Saint-Nazaire, prend la parole. Il évoque avec simplicité, émotion et humour la personnalité de Fernand Guériff. Tout naturellement, il évoque ses souvenirs comme élève à l’école primaire Jean Jaurès …/…….
Joël Batteux évoque les nombreuses interventions de Fernand Guériff auprès du
Maire de l’époque, François Blancho, pour obtenir l’ouverture d’une Ecole Municipale de Musique. Son opiniâtreté finit par triompher et il fut tout naturellement chargé de sa création, puis de sa direction.

Le succès de cette école fut immédiat. Grâce à elle, beaucoup de jeunes nazairiens sont devenus de bons musiciens, et ce succès fut officiellement reconnu par le titre d’Ecole Nationale de Musique par la suite.

Discours de Jean Gauffriau à l’occasion de cette inauguration :
Jean Gauffriau : "La recherche de notre histoire locale le passionnait d’aussi longue date que la composition musicale. La création du groupe vocal Pays Blanc – Pays Noir est le résultat de sa longue quête des chansons d’autrefois qui seraient pour la plupart tombées dans l’oubli.
Ainsi, la salle d’orchestre de l’Ecole Nationale de Musique portera désormais le nom de Fernand Guériff. J’y vois le symbole d’une idée force profondément novatrice de son action dans le domaine de l’enseignement musical : une place de choix doit, en effet, être réservée à la pratique de la musique d’ensemble sous toutes ses formes.

C’est devenu une évidence, mais n’oublions pas pour autant que dans les

Photo : "Association Préhistorique et Historique de la Région Naziarienne "
Source : "Association Préhistorique et Historique de  la Région Nazairienne "
années 1950-60, la majorité des Conservatoires officiels était encore bien loin d’avoir atteint cet objectif pédagogique. Là encore, il fallait du temps au temps. Pourtant, je reconnais dans l’assistance quelques musiciens de la vieille Ecole de Musique du Centre Marceau. Je les revois en culottes courtes aux différents pupitres de l’orchestre de l’époque et je suis sûr qu’ils n’ont pas oublié l’atmosphère des concerts où ils se produisaient dans la vieille salle Jean Macé ou au Trianon. En des temps où il a fallu sans cesse lutter pied à pied pour implanter, dans des conditions matérielles et morales des plus précaires, les bases d’une vie musicale à Saint-Nazaire. On ne dira jamais assez à quel point, dans ce domaine, le rôle de Fernand Guériff a été déterminant. D’autres auraient jeté l’éponge devant les incompréhensions, les réticences et l’ampleur de la tâche à accomplir. Quel chemin parcouru depuis quarante ans ! Il existe actuellement un public fidèle, assidu aux divers concerts que propose la Ville. L’Ecole Nationale de Musique scolarise aujourd’hui plus de 1200 élèves. Les parents de bon nombre d’entre eux ont fréquenté l’ancienne école.
Fernand Guériff
Source : Mme Guériff
Fernand Guérrif
Fernand Guériff, l’homme érudit, le pédagogue, ne faisait qu’un, car on n’enseigne pas ce que l’on sait, mais ce que l’on est : modestie, compétence, rigueur, éclectisme, curiosité et ouverture d’esprit.
Il a contribué à la formation de nombreux musiciens de la région. Certains participent aux activités de divers orchestres ou chorales et pas seulement à Saint-Nazaire, car les hasards de la vie professionnelle ou familiale ont amené beaucoup d’anciens élèves à se fixer un peu partout en France ou à l’étranger. D’autres assurent des responsabilités d’animation ou de direction sur le plan local au sein des chorales, groupes vocaux ou instrumentaux et même à l’Ecole Nationale de Musique actuelle. Fernand Guériff a pu se rendre compte avant de nous quitter, qu’il n’avait pas semé en vain. Maillon d’une chaîne qui se perpétuera, il a amplement rempli la mission qu’il s’était fixée."
Texte : Bulletin de "l'Association Préhistorique et Historique de la Région Nazairienne " n ° 64  - mai 1999.

  Rermerciements
Ce dossier a été réalisé grâce à l’aide précieuse de :

Madame Guériff
  • Madame Guériff à travers les partitions, les manuscrits, les archives très riches, et l’évocation de son mari.
  • Monsieur Jean Gauffriau, Musicien, Compositeur et Harmonisateur, ancien directeur de L’école de musique qui a rédigé la majeure partie des textes de ce dossier.
  • Les "Cahiers de la Baule" Société Littéraire et Artistique de La Baule.
  • L’Association Préhistorique et Historique de la Région Nazairienne.
  • Monsieur Patrick Pauvert élève, puis ami de F. Guériff pour son aide efficace.
  • Le service Ressources documentaires de la ville de Saint-Nazaire
  • Françoise Tron de Bouchony et Bernard Michelot pour la rédaction du dossier et les différents contacts.